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Pérou : L’eau est un luxe pour 6 millions de Péruviens

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6 millions de Péruviens n’ont pas accès à l’eau potable. C’est ce qu’on apprend dans un article de Chrystelle Barbier, à retrouver en chronique sur le site de RFI. Plongée au cœur du Quartier de Naranjal, un quartier privé d’eau depuis des décennies, à 20 minutes seulement du Palais du gouvernement, elle nous apprend que, là bas, 150.000 habitants n’ont pas accès à l’eau potable. Le réseau est inexistant, et pour seul accès à l’eau, des camions citernes, qui passent tous les matins. « Nous achetons l’eau au camion-citerne et la gardons dans un réservoir en ciment », raconte Celia Quisuruco, qui, à 37 ans, ne sait pas ce que c’est que de vivre avec de l’eau courante : « Mes parents sont venus de province il y a quarante-six ans et se sont installés sur la colline Candela voisine, où nous n’avons jamais eu ce service. »

Naranjal, quartier sans eau au Nord de Lima

L’accès à l’eau au Pérou : une inégalité à causes multiples

Conséquence de difficultés économiques et sociales, mais aussi de mouvements migratoires qui ne sont pas uniques à ce pays, l’inégalité de l’accès à l’eau est un symptôme de notre temps.

Une inégalité financière

Si une grande partie de la population (6 millions sur 28) n’a pas d’accès à l’eau potable, il existe une autre inégalité, financière cette fois-ci : Les réseaux de distribution n’étant pas installés partout, ceux qui en bénéficient (les quartiers riches) paient l’eau à un cout moindre (l’acheminement étant par nature plus facile que par camions citernes). Ainsi, un mètre cube d’eau coûte 1,60 sol (0,40 euro) lorsqu’il est acheminé par le réseau, tandis qu’il revient à 10 soles (2,5 euros) quand il faut passer par les camions-citernes. Un scandale sanitaire n’est pas loin, car aux dires de la journaliste, les camions citernes qui amènent l’eau n’hésiteraient pas à la pomper dans des nappes souterraines polluées, plutôt que de se fournir auprès de l’organisme agréé par l’état.

C’est la Sedapal, l’entreprise publique chargée de traiter les eaux de Lima, qui doit fournir ce service. Sur le site de la société, les projets de modernisation et d’accès à l’eau pour tous sont mis en avant. Un logo « agua para todos » nous invite d’ailleurs à suivre l’évolution des différents chantiers; Chaque projet possède son propre calendrier, tandis qu’une carte de la ville est mise à jour en fonction de l’accès ou non de nouveaux bénéficiaires à l’eau potable. Mais il est des promesses qui semblent difficiles à tenir, et des rêves déjà donnés aux habitants, qui doivent avoir perdus toute illusion : « En 2005, ils avaient cru parvenir à leurs fins quand l’entreprise publique avait construit un énorme réservoir en haut de la colline Candela. Quatre années plus tard, ce réservoir reste désespérément vide, comme de nombreux autres édifiés dans le reste de la ville » explique la journaliste.

Les migrations accélèrent le problème de l’eau

Une note intéressante, intitulée « Un million de Liméniens sans eau, Une note pessimiste mais malheureusement réaliste » sur le blog Le Jamais Content, nous explique que le problème de l’eau au Pérou, et plus particulièrement dans la ville de Lima, est avant tout à lier avec les flux migratoires : « Le problème est autre, ailleurs. Chaque jour, des dizaines de nouvelles personnes venues de la montagne s’installent sur les flancs des collines, aux abords de la ville, dans les quartiers les plus pauvres et évidemment pas pourvus des services d’eau ni d’électricité. Ces personnes viennent á Lima pour y trouver du travail, un avenir meilleur pour leurs enfants. Ils sont amassés sous des tôles, les enfants demeurent déscolarisés, travaillent à leur tour. Et l’eau courante n’arrive pas.

Ces migrations massives rendent Lima plus étendue chaque jour, chaque minute, et le problème de l’eau, loin de persister, empire sans cesse en réalité. L’eau potable devient une denrée de luxe. L’eau, de manière générale, se raréfie, son cout augmente donc considérablement et d’ici á quelques années, tout comme dans de nombreuses régions du monde, seuls les plus aisés auront encore le privilège d’avoir accès à l’élément naturel qui en réalité constitue 98% de notre corps, et est donc vital. De quoi vivront les pauvres ? »

La situation actuelle de l’accès à l’eau au Pérou doit nous amener à réfléchir sur le rôle que nous pouvons, ou non, jouer dans cette histoire. Car à court terme, les conséquences pourraient être dramatiques.

Crédit photo par Tenky

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12 Commentaires

  1. C’est un réel problème, nous mêmes nous n’avons pas d’eau potable là où nous habitons et nous avons du acheter un filtre, une pompe et un tank d’eau… ce qui reviens quand même très cher.

  2. Article intéressant qui montre bien que l’exode rural vers ces mégapoles ne va qu’amplifier cette denrée rare et chère qu’est entrain de devenir l’eau dans les pays en voie de développement. A Lima il faudrait trouver une solution pour dessaler à bas côut l’eau du pacifique ou alors condenser le brouillard toujours présent sur la ville le matin.

  3. Le manque d’eau est un sérieux problème que les autorités ne prennent pas encore assez au sérieux.

  4. Et nous pauvre français qui n’y pretons pas d’attention … merci pour cet article 😉

  5. Tout cela est bien malheureux et j’ai bien peur que cela ne s’aggrave dans les années à venir.

  6. Dans un pays comme le Canada (Québec), le problème de l’eau potable doit être perçus sous un autre angle. En effet, beaucoup de pression s’exerce auprès des élus afin de tendre à commercialiser (exploiter) notre eau. L’eau c’est la vie. Mais pour certains, c’est avant tout la possibilité de gros revenus…

  7. Ce problème n’est point péruvien… il est mondial!
    Réveillez vous , plus de pétrole, plus d’eau, plus de politiciens a la con! Dans quelques années il est certain que le capitalisme l’aura emporte! …et nous avec..direct a la tombe!

  8. La gestion de l’eau potable et sa distribution via le réseau efficace est certes un problème technique majeur en milieu aussi densément peuplé que le Lima. Sans compter les coûts qui y sont rattachés. Mais à quelques parts, il me semble que les politiciens devraient mettre en place un programme sur, par exemple, un horizon de 5 ans. L’eau, c’est la base de la vie.

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